CÔTE D’IVOIRE. « Ouattara inaugure une nouvelle astuce dans la stratégie de conservation du pouvoir politique »

Par Alphonse NDONGO

Est plus intelligent en politique celui qui est plus habile et malin.

En tendant la main à l’opposition après qu’il a réussi son coup d’état constitutionnel et son passage en force, ADO fait montre d’une roublardise en politique. Il met l’opposition ivoirienne dans une situation inconfortable. Si elle venait à rejeter de manière unanime l’offre de dialogue de l’homme fort d’Abidjan – ce qui est loin de l’être – l’opposition ivoirienne va se disqualifier aux yeux de la communauté internationale qui soutient Ouattara. Obligée, par conséquent, d’accepter l’offre de dialogue du président ivoirien, elle est, malheureusement, en position de faiblesse. D’autant que Konan Bedie, Pascal Affi N’guessan, les pro Soro en Côte d’ivoire…, n’ont pas suffisamment démontré leur capacité de nuisance au cours de cette crise politique. Leur mot d’ordre de boycott de la présidentielle et les escarmouches post électorales n’ont pas produit les effets escomptés.


En clair, Ouattara a réussi à mettre sous l’éteignoir ses opposants les plus récalcitrants. Peu importe les méthodes violentes utilisées sont condamnables, il s’en tire à bon compte grâce à ses amis français, puisque Abidjan, le poumon économique de la Côte d’Ivoire vit. Les sociétés européennes et américaines qui y sont installées se sentent donc en sécurité. Un homme d’Affaires français, ami de longue date, nous a confié:  » nous avions peur des conséquences d’une crise politique. Maintenant je peux dire que Ouattara rassure ».

Dans cette offre de dialogue, reste l’opposition en exil, notamment Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé.
À y regarder de près, ADO pourrait emboîter le pas à la stratégie congolaise de la période post conflit de 1997 à Brazzaville. Celle-ci a consisté à négocier, en priorité et de manière sélective, avec les opposants les plus dociles qui renoncent à la violence politique. Dans le cas ivoirien, Gbagbo et Blé Goudé, qui brûlent d’envie de revivre l’ambiance d’Abidjan, pourraient être de bonnes proies pour Ouattara.
La grande inconnue reste la manière dont pourraient se réveiller Youpougon et autres fiefs du FPI à la seule annonce du retour ou de la présence de Koudou et Blé Goudé à Abidjan. Soro, considéré comme un « renégat », pourrait momentanément être tenu à l’écart, le temps que Ouattara s’installe confortablement à Abidjan. Et pour cause, l’ancien président de l’Assemblée nationale, qui dispose encore de puissants réseaux en Côte d’ivoire, reste récalcitrant.
Stratégiquement Abidjan éviterait que Gbagbo, Soro, Blé Goudé…, reviennent au même moment, avec le risque de se reconstituer. Une équation à plusieurs inconnus.


Quoiqu’il en soit, Ouattara inaugure une nouvelle astuce dans la stratégie de conservation du pouvoir politique en Afrique francophone, à savoir: organiser sa forfaiture au terme de laquelle on se fait apôtre de la paix aux yeux de la communauté dite internationale tant mue par ses intérêts économiques. En Afrique centrale, cette stratégie se passe encore à minima. Les leaders politiques contestataires sont tout de suite embastillés ou mis en résidence surveillée. Ouattara fait mieux que ses pairs d’Afrique centrale: prison ou mise en résidence surveillée et offre de dialogue aussitôt. Une bonne souricière dans laquelle tombent des opposants, à la grande satisfaction du « tendeur » du piège.
Une chose est sûre, « la stratégie de Ouattara relève du court terme », constate le politologue congolais M’bissa formé à la bonne école française de sciences po.