Diaspora et démocratie. Par Henri Blaise NZONZA

Si nous pouvons nous permettre de définir la Diaspora comme étant la dispersion d’un peuple dans différents pays du monde et la Démocratie comme système politique dans lequel la souveraineté émane du peuple, le lien entre ces deux concepts n’est plus un mystère.

La diaspora africaine a commencé à prendre de l’ampleur après les indépendances de beaucoup de pays africains dans les années 1960. Cette entité ainsi constituée devenait après les années 1980, un facteur contribuant au développement du continent africain.

Certes beaucoup de membres de la diaspora ont fait le choix de couper les ponts, et ne se montrent pas particulièrement disposés à maintenir des liens étroits avec leur pays d’origine, Mais la majorité continue de maintenir des liens étroits et une attache prenante à leurs origines. Ainsi constamment, les membres de la diaspora africaine situés en France contribuent tant soit peu à la vie active de leurs pays tant sur le plan économique, financier, social, politique et démocratique.

Ces liens sont parfois influencés par le temps passé dans les pays démocratiques et diffèrent aussi selon les pays origines, les profils socio-économiques des diasporas. Ils sont aussi la résultante d’une appartenance à deux patries, le pays d’origine et le pays d’accueil qui est la France.

Si aujourd’hui, les transferts financiers de diaspora africaine jouent un rôle très significatif dans la réduction de la pauvreté ainsi que dans le développement des pays d’origine, la contribution de la diaspora en termes de capital humain est tout aussi significative. L’apport de la diaspora ne se limite pas à sa contribution financière et de son apport en main d’œuvre qualifiée, mais plus généralement dans sa capacité à dresser des ponts entre les pays d’origine et de destination par lesquels transitent à la fois des échanges économiques, des transferts sociaux mais aussi un apport politique.

Au cours des vingt dernières années, les diasporas sont devenues une force motrice, capable d’exporter l’expérience de la démocratie dans leur pays d’origine. Les organisations de diasporas ont activement œuvré à l’instauration et au renforcement de la société civile dans leurs pays d’origine.

L’exposition des migrants aux valeurs démocratiques en France et dans d’autres pays démocratiques fait d’eux de fervents défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme. À telle enseigne que, lorsqu’ils se rendent en visite dans leur pays d’origine, ces migrants s’attendent très souvent à bénéficier du même traitement que ce qu’ils reçoivent dans leur pays de résidence. Les diasporas qui vivent en France aspirent très souvent à promouvoir dans leur pays d’origine toutes les valeurs qu’elles jugent positives ici. Plus généralement, ils sont dans leur grande majorité porteurs de valeurs universelles, créant un discours modéré et pluraliste qui encourage la paix et le dialogue et renforce la culture démocratique.

Ainsi leur participation politique et sociale dans leurs pays d’origine les amène par ailleurs à, lutter contre la discrimination, à prôner la transparence dans la gestion de la chose publique, à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité des chances et la justice équitable.

Pour le cas spécifique de notre pays, le Congo Brazzaville, il est connu de tous que, la diaspora congolaise joue de façon effective un rôle crucial pour la pérennisation et la consolidation de la démocratie dans notre pays. Le lien entre la diaspora et la démocratie est d’autant plus évidente que tous les grands partis politiques congolais qui concourent à la pérennisation de la démocratie dans notre pays ont des représentations ici en France. Même en termes d’apport de capital humain, plusieurs membres du gouvernement ou qui travaillent dans les institutions congolaises sont le fruit de cette diaspora. On peut à titre d’exemple citer le Porte parole du gouvernement, le ministre Thierry MOUNGALA, et le conseiller diplomatique du Président de la République Bienvenu OKIEMI .Ces deux personnalités, bien qu’exerçant des fonctions administratives, contribuent à l’exercice du jeu démocratique dans notre pays. Bien avant eux, à la faveur de la Conférence Nationale Souveraine tenue dans notre pays en 1991, plusieurs membres de la diaspora avaient fait le déplacement de Brazzaville pour aller prendre part à cette messe politique. Ainsi Pascal LISSOUBA, EKONDI Akala, Aloïse MOUDILENO MASSENGO et bien d’autres congolais apportèrent leur contribution au processus démocratique en marche dans notre pays.

Même si certains membres de la diaspora expriment souvent un degré relativement élevé de défiance à l’égard des institutions de leur pays d’origine et appellent de leurs vœux un nouveau contrat social entre les autorités et les ressortissants vivant à l’étranger, la diaspora constitue à tout égard une mine d’or pour beaucoup des pays africains.

Les velléités de contrôle de la diaspora, autrefois perçue comme une entité politique menaçante, semblent s’estomper pour laisser place à des relations plus participatives et transversales, notamment en intégrant la migration dans la planification et l’intégration.

Actuellement, cette diaspora africaine certes, non unie, diffuse, non structurée (contrairement aux diasporas asiatiques, du moyen Orient et de certains pays d’Amérique latine), et souvent non représentée a pris du poids et de la considération à tel point que plusieurs pays d’Afrique ont établi des représentations au niveau ministériel. C’est le cas au Mali, le Maroc, le Sénégal, le Bénin et de notre pays le Congo-Brazzaville pour ne citer que ceux-là. Ces développements institutionnels s’accompagnent d’une prise de conscience progressive de l’importance du potentiel que représentent cette couche de la population et de son influence croissante dans les politiques intérieurs de leurs pays d’origine.

La diaspora représente un puissant moteur de changement et de promotion d’un nouveau contrat social puisqu’elle se montre souvent favorable à l’ouverture, à la concurrence et à une démocratie de meilleure qualité.

Aujourd’hui, des cas de plus en plus nombreux témoignent du fait que l’action collective, en faveur de la consolidation de la démocratie dans leur pays d’origine, constitue le ferment unitaire de plusieurs communautés immigrées.

Au-delà d’une similitude de traits partagés et d’une communauté de représentation, on constate, en effet, que de nombreux groupes diasporiques se constituent aujourd’hui autour des projets, parfois ponctuels, souvent partiels mais très concrets surtout lorsqu’il s’agit des revendications démocratiques.

Bien que la diaspora congolaise vit ici dans une société démocratique, nous déplorons parfois l’agressivité verbale et physique qui caractérise certaines de ses actions.

Pour notre pays, le Congo en particulier, nous avons besoin d’une diaspora toujours prompte à proposer, aux populations congolaises de tous horizons, une offre politique originale orientée vers un futur partagé en transcendant le dualisme des bons et méchants congolais, afin de parvenir à rassembler la masse critique d’acteurs autour des propositions qui réconcilient le Congo avec lui-même, en ayant comme centre d’intérêt la consolidation et la pérennisation de la démocratie dans notre pays, le Congo.

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PS. Contribution rendue publique A l’occasion de la journée signature du livre : Antoine NDINGA OBA, homme du terroir, éducateur et diplomate ; écrit par Richard OSSOMA et préfacé par le Président de la République Denis Sassou NGUESSO. Samedi 24 octobre 2020 à l’Espace Harmattan à Paris.

Henri Blaise NZONZA est Président de la Nouvelle Dynamique pour le Congo / dynamiquepourlecongo@yahoo.com

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