Déclaration du Dr Mukwege à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes – 2020

En cette Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, nos pensées accompagnent toutes les victimes et les survivantes de violences et d’abus.

La violence contre les femmes et les jeunes filles prend des formes multiples, et ces violences ne connaissent pas de barrières culturelles, sociales ou économiques. Elles nous concernent tous !
Elles englobent des coutumes rétrogrades, des normes sociales, des pratiques misogynes et discriminatoires, qui vont de la violence conjugale et domestique au harcèlement en milieu estudiantin, sur les lieux de travail ou dans les transports en commun, en passant par le mariage forcé d’enfants et le trafic des êtres humains, les soi-disant « crimes d’honneur » et le viol.

Cette violence dévaste les vies de millions de femmes dans les sociétés en conflit et en sortie de conflit, mais aussi en temps de paix, et entraîne des conséquences sérieuses sur la santé physique et mentale.
La violence contre les femmes et les enfants constitue non seulement une des plus graves violations des droits humains, mais aussi une véritable pandémie de santé publique et un obstacle sérieux à la résolution de nombreux défis globaux tels que la réalisation des objectifs de développement durable.

Alors que la communauté internationale commémore cette année les 25 ans de la Déclaration et le Programme d’action de Beijing sur les droits de la femme, force est de constater qu’aucun pays ne peut se targuer aujourd’hui d’être un champion en matière de droits humains des femmes. Pourtant, nous sommes convaincus de l’universalité des droits de la femme et que le degré de toute civilisation s’évalue notamment en fonction du traitement que l’on réserve aux femmes. Mépriser la femme revient à mépriser la vie et lutter contre les violences basées sur le genre, c’est lutter pour la survie humaine.

Telles sont les raisons pour lesquelles, tant que toutes les femmes ne seront pas à abri de la violence, nous poursuivrons notre plaidoyer pour la justice et pour un profond changement de paradigme dans nos sociétés en transformant l’égalité des sexes en une réalité. Le chemin pour un monde plus inclusif, égalitaire et prospère est encore long et porteur d’espoir car, chacun le sait, investir dans les femmes et les jeunes filles, c’est investir au bénéfice de l’ensemble de la société et de l’intérêt général.
Réaliser le plein potentiel des femmes représente donc la clé pour parvenir au développement durable, au progrès sociétal et à la prospérité économique. Mais nécessitera une prise de conscience profonde de l’ensemble de la société, un véritable bouleversement culturel visant à transcender les stéréotypes et réorganiser les rôles que la société attribue aux hommes et aux femmes, en accordant à toutes et tous des places méritées à tous les niveaux de la pyramide, y compris à son sommet !
Il s’agit donc de combler le fossé entre le bon sens et les préjugés, entre les preuves scientifiques et les idées préconçues, et entre le droit et la pratique.

Le temps est venu pour les hommes de prendre leurs responsabilités et de s’engager vers une masculinité positive en vue de parvenir à l’égalité en droit et dans les faits !

Eliminons les discriminations à l’égard des femmes, les coutumes rétrogrades et les pratiques machistes, sexistes et misogynes qui font honte à notre humanité et minent les perspectives de développement et de progrès. Brisons le silence, changeons les mentalités de nos enfants et mettons fin à l’impunité et aux violences sexuelles et basées sur le genre.

Soyons tous unis, garçons et hommes, jeunes filles et femmes, responsables politiques et acteurs de la société civile, dans un esprit de respect mutuel, de complémentarité et de solidarité, pour faire de ce siècle celui de la femme et du progrès pour tous, où chacun a le droit de faire ses choix librement, à réaliser pleinement ses potentialités et à vivre conformément à la dignité humaine.

Je vous remercie.