Développement du Tourisme au Congo Brazzaville, chronique d’un échec annoncé

L’objectif de faire du Tourisme la deuxième source de revenus de l’État congolais ne sera pas atteint en 2021. On pourra toujours nous expliquer que c’est à cause de la crise de la Covid-19. Pandémie qui a quasiment arrêté les activités touristiques à l’échelle de la planète.

Ça serait se tromper de diagnostic.

D’abord parce qu’avant la crise, la trajectoire de la Destination Congo n’était pas clairement ascendante. Il suffit de regarder les chiffres de la fréquentation des aéroports du Congo, (voir tableau en annexe consultable sur le site Internet de Aerco). Depuis 2014, la fréquentation des deux principales portes d’entrée du Congo (Maya-Maya et Agostino Néto) est en baisse continue. En 2015, les aéroports du Congo ont vu passer 2,3 millions de voyageurs. En 2018, ils n’étaient plus que 1,6 millions. La crise économique et l’arrêt du projet de Hub porté par ECAir la compagnie aérienne nationale dont les activités se sont arrêtées brutalement fin 2016 ont fait plonger le nombre de voyageur.

Dans une interview donnée au site Internet « Le Journal de l’Aviation », début 2020, juste avant la pandémie, le nouveau directeur de Aerco, Daniel Lefebvre, affirmait que les chiffres étaient en train de se stabiliser. Sans pour autant, atteindre les chiffres de 2015.Il est clair que les chiffres du Tourisme au Congo n’ont jamais décollé, en tout cas personne n’est capable de le prouver. Les Autorités, elles-mêmes ne le nient pas.

Ensuite, cet objectif de faire du Tourisme l’un des principaux axes de la diversification de l’économie congolaise n’est pas nouvelle. En mars 2011, en visite au Salon Mondial du Tourisme de Paris, le ministre de l’industrie touristique et des loisirs de l’époque, Martial KANI, évoquait déjà le souhait de porter la part du Tourisme à 10% du PIB en… 2016. En réalité, on trouve cet objectif dans le projet de société de Denis Sassou Nguesso dès 2008. Il est déjà question de faire du Congo une Destination touristique de premier plan. Il suffit de consulter les différents programmes de développement du Congo depuis une vingtaine d’années. Cet objectif ressort d’une façon ou d’une autre. Aucun gouvernement congolais n’a réussi à faire décoller le Tourisme.Les raisons pour lesquelles le Tourisme ne décolle pas au Congo sont structurelles.Enfin, ayant constaté l’échec de ses prédécesseurs, Madame Arlette Soudan Nolnault, nommée Ministre du Tourisme en 2016 et principale promotrice des Assises Nationales du Tourisme de 2017, va reprendre l’éternel objectif, mais en changeant uniquement l’échéance. Cette fois-ci, rendez-vous est pris pour 2021.

Seulement, les réformes nécessaires à l’éclosion de cette industrie tardent toujours à venir. Le secteur est toujours aussi désorganisé, la Destination manque de marqueur et demeure peu compétitive. Le visa touristique numérique, annoncé pour la fin 2019, n’est toujours pas opérationnel en septembre 2020. Les Bureaux d’Information Touristique et les portails numériques présentés comme révolutionnaires demeurent statiques et peinent à atteindre leurs objectifs: donner de la visibilité et de l’attractivité à la Destination Congo.D’ailleurs, à un an de l’échéance, les éléments de langage “Faire du tourisme un moteur de la diversification de l’économie, si présents au début du mandat de Dénis Sassou Nguesso, ont totalement disparu de la communication des Autorités.2021 est une année électorale. Peut-être un nouveau Président de la République, un nouveau gouvernement et un ou une nouvelle Ministre du Tourisme. Un ministre qui reprendra le même objectif et fixera une nouvelle échéance (2026?). Mais là encore sans changement fondamental, il est fort à parier que les résultats ne soient pas au rendez-vous.Pourquoi, malgré le discours officiel, la volonté clairement affichée de développer le Tourisme et l’incroyable potentialité de la République du Congo, cette économie ne décolle toujours pas ? C’est la question à 1 millions de dollars. Une question que les congolais qui connaissent le potentiel de notre pays se posent depuis des décennies.Est-ce une question de politique ou de stratégie ?

Aux Assises Nationales du Tourisme de 2017, on nous a expliqué que la Stratégie Nationale et Plan Directeur du Développement Durable du Tourisme en République du Congo SNP3DT, élaborés avec l’aide des pontes de l’Organisation Mondiale du Tourisme étaient les solutions miracles. 5 ans après leur élaboration et leur mise à disposition des autorités congolaises, il n’y a toujours pas l’embryon d’une industrie touristique au Congo.

En réalité, contrairement à ce qu’affirme la Ministre, le SN3DT n’est pas une stratégie. C’est un document d’orientation. Un document qui nous donne des pistes de réflexion pour élaborer une stratégie opérationnelle. Une stratégie qu’il appartient aux congolais d’élaborer. Et même ce travail, la Ministre a été incapable de le faire.Pourtant, quand Madame Arlette Soudan Nonault est arrivée au ministère, elle a suscité beaucoup d’espoir. Son dynamisme et sa modernité avaient séduits beaucoup de monde. Malheureusement, 4 ans plus tard, le constat d’échec est implacable. L’instabilité de son cabinet n’a sans doute pas aider à l’élaboration d’une réelle politique pour développer le Tourisme au Congo.Oui, le Congo peut, dans une échéance relativement courte, devenir une Destination attractive. Une Destination qui attire des millions de touristes et génère des centaines de millions de dollars de revenus pour l’État. Mais pour cela, il faut une profonde remise en cause des congolais.

On ne peut échouer plusieurs fois et ne pas se poser la question : pourquoi on échoue ?C’est pourtant, ce que les Autorités congolaises refusent de faire. Dans ces conditions nous pouvons tous faire le pari que même dans 100 ans, le Congo restera cette Destination avec un super potentiel, mais jamais développée.

Guillaume KOUKA

Promoteur de visiterlecongo et d’AfricaTourismSharing

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