Le secteur informel au Congo… un frein à la diversification de l’économie?

Au Congo, on peut distinguer trois secteurs informels :

1- Le secteur informel des activités de production de tout genre : production agricole, petites unités de fabrication, garages, revendeurs, ect… Ce secteur peut facilement être intégré dans le secteur . Pour réussir cette intégration, la solution est de réduire les divers barrages administratifs, les coûts administratifs à la création, et une fiscalité incitative et non confiscatoire.

2- Le secteur informel de subsistance composé des petits commerçants de détail ou dans les marchés des quartiers et des rues, on y trouve aussi bien des étrangers que des nationaux.

Ce secteur est difficile à intégrer dans le secteur formel en absence de véritables politiques publiques de soutien à l’emploi, et de création d’entreprises.

3- Le secteur informel illégal constitué des entreprises certes immatriculées mais dont une bonne partie des activités sont illégales, par exemple, les entreprises qui ne  » déclarent pas la totalité de leur salariés, ne versent pas de cotisations sociales, et ne paient pas les impôts, et qui ne tiennent aucune comptabilité conformément aux obligations de l’acte Ohada.

L’informel ne permet donc pas à l’Etat d’avoir une assiette fiscale conséquente indispensable, par exemple, au financement de la protection sociale.

En effet, la protection sociale, telle qu’elle existe en Europe est fondée sur deux principes. Le premier est le système Bismarckien est un système ASSURANTIEL (les prestations sont versées aux individus qui se sont assurés contre tel risque), autrement dit seuls les travailleurs qui cotisent sont couverts par la protection sociale. Or, les travailleurs évoluant dans les différents secteurs informels ne cotisent pas, par conséquent ils n’auront jamais de protection sociale.

Le second système est issu du modèle beveridgien qui repose sur une logique assistancielle (les prestations sont versées aux individus qui en ont besoin). Autrement dit, dans un pays, tous les citoyens quelque soit leur situation professionnelle ont droit à la protection sociale.

Le Congo a adopté le système Bismarckien depuis 2021 en instituant une contribution de Solidarité pour la Couverture Assurance Maladie Universelle (CAMU) de 0,5%assise sur la patente, sur des cotisations salariales fixées à 2,27 % pour les  » salariés » et des cotisations patronales fixées à 4,55% pour les  » employeurs » en sus des charges sociales déjà existantes ce qui renchérit le coût du travail au Congo.

Compte des ressources pétrolières, minières, forestières du pays, un système de protection suivant le modèle beveridgien serait possible ou du moins un mixte des deux.

L’intégration du secteur informel vers le secteur formel est donc un défi majeur à relever si le Congo veut réussir la diversification de son économie.

De façon générale, le secteur informel crée inévitablement de grandes distorsions de concurrence avec le secteur formel qui se trouve seul sous la pression fiscale et étranglé financièrement par l’administraion.

Si je devais formuler une recommandation au futur Président qui serait élu après l’élection présidentielle du 21 mars 2021, ce serait de remplacer le Ministère des petites et moyennes entreprises, de l’artisanat et du secteur informel, par le Ministère de la DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE ET DU SECTEUR FORMEL..Bien que cela soit un euphémisme car l’on ne peut diversifier une économie qu’ en évoluant dans le secteur formel.

@23/02 /2021 Par Verlin Richard