Un 4e mandat est-il de trop pour le président Sassou Nguesso?

A l’approche des élections présidentielles de 2021, il m’est apparu nécessaire de faire un point rétrospectif des programmes présidentiels, du Président congolais élu en 2002, 2009 et 2016, afin de conforter mon opinion sur sa candidature à un quatrième mandat présidentiel. Il s’agit là d’un regard objectif sur les trois projets de société présentés aux congolais en 2002, 2009 et 2016.

  1. Programme 2002 -2009 : 1er Mandat présidentiel

Le programme de campagne du Candidat Denis Sassou Nguesso portait sur la Nouvelle Espérance, c’est sur ce programme qu’il a été élu Président de la République, et dont lui-même avait annoncé que 2003 marquerait le début d’exécution de son programme.

La Nouvelle Espérance, le choix du mot « Espérance » est ici très important dans la sociologie congolaise. Oui, le peuple congolais est un peuple qui a foi dans l’Espérance. Mais, dans la gestion des affaires de la cité, et pour développer son pays, l’Espérance n’a pas sa place, c’est de l’Espoir qu’il faut. En effet l’Espérance relève de la foi, l’Espoir relève de l’amélioration du quotidien du peuple. Et, pour que cet espoir soit possible, il faut disposer des moyens financiers suffisants pour réussir un commencement de développement. Or, au moment où le Président élu annonce que l’année 2003 serait le début de l’exécution de son programme, le Congo ne dispose pas de moyens financiers en raison d’un important niveau d’endettement, et d’ailleurs c’est à la fin 2003 que le Congo a été déclaré éligible à l’initiative des pays pauvres très endetté (PPTE). Dès lors, comment un pays PPTE pouvait il exécuter un programme sur la Nouvelle Espérance ?

En réalité, le seul programme qui a été exécuté au Congo, c’est celui négocié avec le FMI au premier semestre 2004, qui avait pour objectif le renforcement du secteur pétrolier et l’amélioration du cadre de gestion des finances publiques. C’est ce qui avait permis au FMI, en décembre 2004 d’octroyer au Congo une facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC) de 84,4 millions de dollars pour la période 2004-2007. C’est aussi grâce à cette FRPC que le Congo a vu une partie de sa dette extérieure annuler, notamment par le Club de Paris, en décembre 2004 (1679 MDS de dollars), et une autre partie rééchelonner (1540 millions de dollars). La France aussi, annula le 9 juillet 2005, 782 millions d’euros et rééchelonna 943 millions de créances françaises. En Mars 2006, le Congo atteignait le point de décision de l’initiative PPTE. Ce qui a permis une nouvelle annulation de la dette extérieure, notamment une annulation des échéances commerciales, et le rééchelonnement sur une longue période de la dette d’aide publique au développement (APD). Cet octroi du point de décision au Congo a permis aussi, la signature d’un deuxième accord bilatéral entre la France et le Congo, en décembre 2006, dont le premier volet a inclus l’annulation immédiate de 65 millions d’euros de dette commerciale française.Le 8 décembre 2008, Le FMI accorde au Congo, un nouvel arrangement de trois ans au titre de la FRPC, ce qui a permis la signature d’un accord d’allègement de la dette extérieure avec le Club de paris, le 11 décembre 2008.Cet accord a permis l’annulation immédiate de 643 millions de dollars US et au rééchelonnement de 119 millions de dollars US. Dans ce même cadre, la France a annulé 388 millions d’euros.

Il est donc FAUX de dire que le premier mandat présidentiel du Président Sassou Nguesso portait sur la Nouvelle Espérance. Il est vrai de dire que ce premier mandat présidentiel a réalisé le Programme du FMI conduisant à atteindre le point d’achèvement PPTE, et donc annuler la dette extérieure du Congo. C’est ce que les « caciques » du PCT auraient mieux fait de mettre en avant, au lieu de continuer à ratiociner sur la Nouvelle Espérance.

  1. 2009-20016 : 2ème mandat présidentiel

Ce deuxième mandat est porté par un nouveau projet de société, le Chemin d’avenir, de l’espérance à la prospérité, pour orienter et stimuler l’action du gouvernement. On notera que l’espérance est toujours présente car le mot fait foi au Congo. En effet, dès 2010, un chemin pour un meilleur avenir devenait possible grâce à l’annulation de la dette publique ramenée à 20% du PIB. Tout était donc possible dans ce pays de tous les possibles. Mais, l’on sait comment ce deuxième mandat s’est terminé : de 20% du PIB en 2010, la dette publique atteignait 117% du PIB en fin 2016, ce taux fut révélé en 2017 par le FMI.Alors, il est donc FAUX de dire que le programme du Président était un projet de société sur le Chemin d’avenir. Il est VRAI, de dire que le Chemin d’avenir s’est transformé en un chemin de croix. Les congolais espéraient la prospérité, ils doivent ramasser les dettes semées par une politique d’emprunts extérieurs IMPRUDENTE.

  1. 2016 – 2021 : 3ème mandat présidentiel

Fini de « cheminer » vers l’avenir. Voici venu le moment de « marcher » vers le développement. C’est le nouveau projet de société du Président-Candidat à l’élection présidentielle de 2016. Un projet qui devrait mettre au cœur du développement, l’homme « congolais », la place de l’homme dans le développement. Un projet qui devait rendre la décentralisation effective. Un projet qui devait développer l’économie numérique. Enfin, un projet qui devait booster l’emploi des jeunes.Il est FAUX de dire que ce programme fut une MARCHE vers le développement.Au regard de ce qui précède, mon opinion est formelle : le quatrième mandat serait de « TROP ».

Verlin Richard BEKA BEKA